Korsybski Science and Sanity

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  • 8/12/2019 Korsybski Science and Sanity

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    SCIENCE AND SANITY

    Alfred Korsybski

    CHAPITRE III

    INTRODUCTION

    Et en ce qui concerne la structure relle, fondamentale, biologique de notre socit et en dpit d'unecroissance formidable de sa taille et de tout le rafistolage auquel on l'a soumise, nous sommes encore peu prs au mme stade infantile. Mais si les fourmis ne sont pas dcourages de n'avoir produitaucune nouvelle invention ou convention sociale en 65 millions d'annes, pourquoi le serions-nous sicertaines de nos institutions et de nos castes n'ont pas t capables de dvelopper une seule nouvelleide pendant les cinquante derniers sicles ?

    WILLIAM MORTON WHEELER

    Les anciens qui dsiraient mettre en valeur une vertu illustre travers l'empire ont commenc parordonner correctement leur propre tat. Souhaitant ordonner correctement leur propre tat, ils ontcommenc par rgulariser leur famille. Souhaitant rgulariser leur famille, ils ont commenc cultiverleur propre personne. Souhaitant cultiver leur propre personne, ils ont commenc par rectifier leurcur. Souhaitant rectifier leur cur, ils ont commenc par chercher la sincrit dans leurs penses.Souhaitant tre sincres dans leurs penses, ils ont tendu leur savoir au suprme degr; et cetteextension du savoir a rsid dans l'examen des choses. Les choses ayant t examines, le savoir estdevenu complet. Leur savoir tant complet, leurs penses ont t sincres. Leurs penses tantsincres, leur cur a t rectifi. Leur cur tant rectifi, ils ont cultiv leur personne. Leur personneayant t cultive, leur famille fut rgularise. Leur famille tant rgularise, leur tat fut correctementgouvern. Leur tat tant correctement gouvern, tout leur empire se tranquillisa et s'harmonisa. Del'empereur jusqu' la masse du peuple, tous doivent considrer la culture de la personne comme tantla racine de toutes choses.

    CONFUCIUS

    Mon service au front pendant la Guerre Mondiale et une connaissance approfondie des conditions devie en Europe et aux tats Unis d'Amrique m'ont convaincu de la ncessit d'une rvisionscientifique de toutes les notions que nous avons sur nous-mmes. L'examen a rvl qu'en ce quiconcerne toutes les disciplines traitant des affaires humaines, celles-ci ne reposent pas sur unedfinition de l'homme, ou bien si elles en ont une, cette dfinition est formule dans des langagesmtaphysiques, lmentalistes, de type sujet-attribut, qui sont dpourvus de scientificit et se rvlenten fin de compte nuisibles du point de vue smantique.

    Comme nous ne disposons actuellement d'aucune science gnrale de l'homme embrassant toutessesfonctions, y compris le langage, les mathmatiques, la science et les maladies "mentales", j'ai cru utilede donner naissance une telle science. J'ai entrepris cette tche avec mon livre "Manhood ofHumanity", et je l'ai poursuivie dans le prsent volume. Le choix d'un nom pour une telle science estdlicat. Le seul nom vritablement appropri, "Anthropologie", est dj utilis pour reprsenter unediscipline fondamentale d'une grande validit, sans laquelle mme la psychiatrie moderne seraitinexistante. Ce terme est prsent employ dans un sens restreintpour dsigner l'histoire naturelle

    animalire de l'homme, en ngligeant le fait que l'histoire naturelle de l'homme doit inclure desfacteurs qui n'existent pas dans le monde animal, mais qui sont ses fonctions naturelles, telles que le

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    langage et la structure de celui-ci, l'laboration de ses institutions, de ses lois, de ses doctrines, de lascience, des mathmatiques, qui conditionnent son environnement, ses ractions smantiques.,qui, leur tout, influencent et dterminent son dveloppement.

    Nous voyons que l'"histoire naturelle" des animaux est trs diffrente, en raison de sa structure, d'unefuture "histoire naturelle" scientifique de l'homme, cette diffrence structurelle tant trs rarement

    perue dans sa globalit. Je propose, donc, d'appeler la trs prcieuse Anthropologie existanteAnthropologie Restreinte, et d'appeler ma science gnralise de l'hommeAnthropologie Gnrale, demanire inclure toutesses fonctions naturelles, dont celles qui constituent l'Anthropologie Restreintereprsenteraient un sous-ensemble.

    Une telle Anthropologie Gnrale ainsi dfinie serait trs diffrente de celle, restreinte, que l'onconnat dj. Elle inclurait toutes les disciplines d'intrt humain sous les angles spcifiques del'anthropologie et de la smantique Trs souvent une discipline anthropologique - par exemple lapsycho-logique anthropologique, la sociologie anthropologique, le droit, l'histoire, ou la"philosophie" anthropologique - se rvlerait comme une discipline comparative. Celles-ci devraientncessairement employer un langage de structure quadri-dimensionnelle, ce qui ncessiterait, commeprliminaire, une rvision fondamentale de la structure du langage qu'elles utilisent. Ce facteursmantique a jusqu'ici t compltement nglig.

    Il faut admettre ouvertement que la prsente investigation a fourni des rsultats tonnants tout faitinattendus. Dans mon "Manhoodof Humanity", j'ai dfinifonctionnellementl'homme comme dot dela capacit de lier le temps, dfinition reposant sur une observation fonctionnelle non-lmentaliste,selon laquelle l'espce humaine diffre des animaux en cela que, globalement, chaque gnrationhumaine, au moins potentiellement, peut commencer l o la prcdente s'est arrte . Cette dfinition,dans le langage de cette structure spcifique, est concise, et correspond aux faits empiriques. Nousdevrions noter, galement, que dans le cas de tribus primitives qui n'ont apparemment pas progressd'un iota pendant des milliers d'annes, nous dcouvrons toujours, parmi d'autres raisons, desdoctrines ou des croyances qui proclament avec beaucoup d'efficacit, souvent au prix de la vie desindividus (qui sont toujours responsables du progrs en gnral), que tout progrs ou toute ruptureavec des habitudes vnrables ou des prjugs est un "pch mortel" ou quelque chose de ce genre.

    Mme en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas librs de telles propensions smantiques. Hierencore, historiquement parlant, la "sainte inquisition" condamnait des scientifiques au bcher, ou lesrduisait au silence. La dcouverte du microscope ou du tlescope, par exemple, a t longtempsretarde car l'inventeur, de peur des perscutions des prtres, apprhendait de rdiger ses dcouvertesscientifiques en langage clair. Il n'y a que quelques annes qu'on a dcouvert qu'il les crivait en textescods. Les malades peuvent aisment comprendre ce que notre science en gnral, et la sciencemdicale en particulier, pourrait tre aujourd'hui sans le zle sacr des ennemis puissants de la sciencequi ont, avec une vhmence impitoyable, sponsoris l'ignorance, les anciennes ractionssmantiques, et en consquence, la maladie.

    Dans certains pays, encore aujourd'hui, la science est perscute, et l'on tente d'affamer desscientifiques, une invention souvent tout aussi efficace que de les brler sur le bcher, et dont le

    procs de Tenessee et d'autres sont des illustrations. Mais en dpit de toutes ces tendances primitivessmantiques, qui sont malheureusement souvent trs efficaces, la capacit gnrale de l'homme lierle temps demeure inaltre, bien que son taux soit ralenti par l'ignorance de ceux qui contrlent nossymboles - les mots, l'argent, .

    La faillite dans la comprhension de ces problmes repose fondamentalement sur le fait que, jusqu'maintenant, nous ne disposions d'aucune dfinition scientifique fonctionnelle non lmentaliste del'homme; nous n'avons pas non plus entrepris d'investigation scientifique sur la "nature humaine" entant que telle, ce qui est impossible si nous ngligeons les ractions smantiques. Nous devrions noussouvenir qu' cette poque de la commercialisation, nous gratifions de revenus importants ceux quiprchent avec un zle effrn combien la nature humaine est "mauvaise", et qui nous dcrivent toutessortes de catastrophes menaant les individus qui se passent de leurs services.

    A la lumire d'une investigation moderne, les questions qui prcdent se posent avec une acuitparticulire. Ou bien ces aptressont conscientsque ce qu'il promettent n'a qu'une valeur illusoire, et

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    ils souhaitent conserver leurs revenus, ou bien ils vivent dans des mondes illusoires, et une humanitcense devrait s'en proccuper srieusement. Dans un cas comme dans l'autre, ils ne sont pas dignesde confiance et sont inaptes assumer plus longtemps la charge du dveloppement futur de la cultureet de l'avenir de l'humanit. Tt ou tard, nous devrons nous confronter vritablement cette situation,en raison du nombre de facteurs en jeu dans le domaine de la sant humaine.

    Mon livre "Manhood of Humanity" montre comment les canons de ce que nous appelons"civilisation" ou "civilisations" sont bass sur des gnralisations animalires tires des faitsmanifestes de la vie des vaches, des chevaux, des chiens, des cochons., et qui sont appliqus l'homme. Bien entendu, de telles gnralisations rsultent de donnes insuffisantes. Lesgnralisations taient ncessairement primitives, superficielles; et quand elles taient appliquespratiquement, elles engendraient inluctablement des effondrement priodiques. Aucun pont netiendrait debout ou ne pourrait mme tre construit, si nous tentions d'appliquer les rgles dessurfaces aux volumes. Les rgles ou gnralisations diffrent dans les deux cas, si bien que lesrsultats d'une telle confusion smantique sont obligatoirement dsastreux pour nous tous.

    La recherche prsente a commenc avec l'investigation de la diffrence spcifique entre l'animal etl'homme; savoir le mcanisme du lien temporel. Cette analyse, en raison de la structure diffrente dulangage utilis, devait tre mene en toute indpendance et sur de nouvelles bases. Les rsultats sont,dans beaucoup de cas, nouveaux et inattendus, y compris pour moi-mme, et ils dmontrentimmanquablement que, dans une large mesure, la quasi totalit d'entre nous copions, encore de nosjours, les animaux dans nos processus nerveux. Une investigation plus pousse montre que de tellesractions nerveuses chez l'homme conduisent des tats pathologiques d'infantilisme gnral, uncomportement public et priv infantile, des institutions infantiles, des "civilisations" infantiles fondessur des conflits, des luttes, des comptitions brutales., ces comportements tant censes trel'expression "naturelle" de la "nature humaine", comme voudraient nous le faire croire diffrentsmanagers et leurs assistants, les militaristes et les prtres.

    Comme toujours dans les affaires humaines, en comparaison de celles des animaux, les problmessont circulaires. Nos dirigeants, qui rgissent nos symboles, et dirigent ainsi une forme de viesymbolique, imposent leur propre infantilisme nos institutions, nos mthodes ducatives et nos

    doctrines. Ceci engendre une inadaptation nerveuse chez les gnrations montantes qui, nes dans cecontexte, sont forces de se dvelopper dans les conditions smantiques contre nature (pour l'homme)qui leur sont imposes. Ils produisent leur tour des dirigeants affligs des anciennes limitationsanimalires. Le cercle vicieux est complet; il en rsulte un tat gnral de dsquilibre humain, qui sereflte encore dans nos institutions. Ainsi va la vie, encore et toujours.

    Une telle dcouverte est choquante premire vue. Toutefois, en y regardant de plus prs, il semblenaturel que l'espce humaine, dont l'apparition est relativement rcente, et qui a travers divers stadesde dveloppement primitifs, se mprenne structurellement sur son statut d'homme, et fasse un usageinadapt de sa structure nerveuse. Le prsent ouvrage, entrepris avec "Manhood of Humanity" s'estrvl tre l'"Age adulte de l'Humanit" car il met en lumire un mcanisme psychophysiologiquedel'infantilisme, permettant ainsi d'entrevoir comment le prvenir et atteindre l'ge adulte.

    Le terme "infantilisme" est souvent usit en psychiatrie. Aucune des personnes qui ont unequelconque exprience des malades "mentaux" et les ont tudis ne peut passer ct du fait qu'ilsprsentent toujours des symptmes infantiles. Il est galement bien connu qu'un adulte, par ailleursconsidr comme "normal", mais qui prsente des caractristiques smantiques infantiles marques,ne peut tre un individu pleinement adapt, et ruine gnralement sa propre existence comme cellesd'autres personnes.

    Au cours de la prsente investigation, nous avons dcouvert et formul un mcanismepsychophysiologique prcis mis en vidence dans tous les cas de maladies "mentales", l'infantilisme,galement prsent chez l'homme dit "normal". Les diffrences entre de telles troubles neurologiqueschez diffrents individus varient seulement en termes de degr, et comme elles se rapprochentbeaucoup des rponses nerveuses des animaux, qui constituent une rgression pour l'homme, nous

    devons en conclure que, de manire gnrale, nous n'utilisons pas notre systme nerveuxcorrectement, et qu'en dpit de nos ralisations techniques, nous n'avons pas encore entirement

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    dpass un stade de dveloppement trs primitif.

    En ralit, l'exprience dmontre que plus une nation ou un peuple est techniquement dvelopp, plusson systme tend devenir cruel, sans piti, prdateur et commercialis. Ces tendances leur tour,imprgnent et empoisonnent les relations internationales, nationales, entre le capital et les travailleurs,et mme les relations familiales.

    Faut-il alors incriminer la pratique scientifique ? Non, la difficult relle rside dans le fait que lesdiffrentes doctrines et croyances primitives, animalires, qui n'ont jamais t rvises, ainsi que lesractions smantiques correspondantes, n'ont pas volu au mme rythme que les ralisationstechniques. Quand nous analysons ces croyances au niveau smantique, nous dcouvrons qu'ellesreposent sur des postulats structurels qui ne correspondent pas aux faits, mais qui sontrigoureusement lis la structure non rvise du langage primitif, l'ensemble du processus tantd'autant plus dangereux qu'il fonctionne inconsciemment.

    Quand nous effectuons une tude comparative des rponses nerveuses des animaux et des humains,les questions qui prcdent deviennent tout fait videntes, et nous dcouvrons un mcanismepsychophysiologique prcis qui marque cette diffrence. A savoir que la raison pour laquelle ce quiprcde n'a pas t formul auparavant de faon exploitable est manifestement due au fait que la

    structure du vieux langage a russi empcher la dcouverte de ces diffrences, et vritablement, a tgrandement responsable de ces troubles smantiques humains. De la mme faon, dans le prsentsystme non-A, le langage d'une nouvelles structure moderne, dont les termes tels que "lientemporel", "ordres d'abstractions", "termes multi-ordinaux", "ractions smantiques", ont conduitautomatiquement la mise en lumire du mcanisme, tablit les bases d'une approche thrapeutique etd'une prvention spcifique permettant de matriser ce mcanisme.

    En attendant, les rsultats concrets sont trs prometteurs. Une investigation dmontre en gnral queles questions qui surgissent sont la plupart du temps linguistiqueset en particulier qu'elles reposentsur l'analyse de la structure des langages en relation avec les ractions smantiques.En consquence,toutes les dclarations qui sont mises dans cet ouvrage concernent des faits empiriques, le langage etsa structure. Nous avons affaire une fonction psychophysiologique vidente et bien connue del'organisme humain, et par consquent, toutes les dclarations peuvent tre facilement vrifies ou

    ventuellement corriges et redfinies, afin de permettre de les appliquer facilement, et d'liminerautomatiquement les mythologies primitives et les ractions smantiques.

    Une fois qu'on a ralis et formul tout cela, on peut seulement se demander pourquoi on a silongtemps nglig ce fait si simple que le langage reprsente une fonction fondamentale uniquepsychophysiologique inhrente l'organisme humain.

    La rponse semble tre que : (1) le langage de tous les jours est structurellement extrmementcomplexe; (2) il est humainement impossible d'analyser sa structure en utilisant le langage d'unestructureA, , c'est pourquoi avant de pouvoir faire quoi que ce soit dans ce domaine, on doit d'abordformuler un systme non-A; (3) Presque tous les spcialistes, l'exception de quelques raresmathmaticiens, font preuve d'une grande navet en ce qui concerne le rle structurel et smantiquedu plus simple des langages non-A- qu'on appelle les mathmatiques, bien que ce langage demeure

    toujours inadquat. (4) toutes ces questions impliquent des facteurs inconscients des plus puissantsqui s'opposent automatiquement toute rvision, et (5) l'laboration d'un systme non-Aen 1933 estune entreprise extrmement laborieuse, pour ne pas dire plus, et selon toute probabilit, sa ralisationest trs au-del des capacits d'un seul individu.

    Le dernier point est d'une grande importance; et bien que je n'aie pas l'intention de m'excuser ni deprsenter le moindre alibi, car tout lecteur faisant preuve d'un tant soit peu de rflexion le comprendra,je dois expliquer, nanmoins brivement pourquoi le prsent ouvrage est probablement en fin decompte en de de ce qu'il pourrait tre.

    Du temps d'Aristote, nous connaissions trs peu de choses sur la science telle que nous la concevonsen 1933. Aristote, dans ses crits, a formul pour nous tout un programme scientifique, que nousavons suivi jusqu' une poque trs rcente. Quiconque tente de construire un systme non-Aen 1933

    doit faire de mme,par ncessit organique, en relation avec les problmes destructure du langage.Manifestement, en 1933, en raison du nombre accablant des faits les plus diversifis connus de la

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    science, la question n'est plus d'laborer un programme scientifique pour le futur, mais de construireun systme qui, au moins dans sa structure , soit similaire la structure des faits connus de toutes lesbranches du savoir.

    Je le rpte: la ncessit est organique, et relie la structuredu langage en tant que telle, impliquantde nouvelles ractions smantiques, de faon que personne ne puisse passer ct, comme cet

    ouvrage dans son ensemble le montre dans le dtail.Aujourd'hui une telle adaptation structurelle implique une tude considrable de divers faitsempiriques, et doit ensuite dpendre de nouvelles gnralisations, ayant principalement trait lastructure. De nombreuses dclarations de scientifiques, quand bien mme elle seraient acceptescomme fiables, doivent encore tre traduites dans un langage spcifique dont les issues structurellessont rendues tout fait videntes, mettant en lumire des facteurs en jeu dans les ractionssmantiques. Ceci reprsente une difficult considrable, particulirement quand de nombreusesbranches du savoir sont en jeu, puisque chacune d'elle utilise son propre langage spcifique; c'estpourquoi une telle traduction unifie en termes de structure impose une lourde tche la mmoire dutraducteur, et souvent des petits dtails chappent l'attention dans les implications de la traduction,bien qu'ils puissent tre bien connus du traducteur. Comme c'est probablement l que rside laprincipale difficult, c'est dans ce domaine qu'il importera d'effectuer les principales corrections.

    J'admets que j'ai commenc cette recherche sans raliser pleinement les difficults qui lui sontinhrentes, ni jusqu'o elle m'entranerait. Plus j'avanais, plus j'avais besoin d'un langage spcifique.J'ai du aller rechercher les sources, et d'une certaine faon, me spcialiser partiellement dans denombreuses branches scientifiques, qui n'avaient jamais t mises en relation auparavant. Le progrstait extrmement lent; en fait, il m'a fallu dix ans pour crire ce livre, mais il me fallait passer par lesprliminaires ncessaires ou abandonner toute l'entreprise.

    Aujourd'hui je prsente ce travail au public. C'est le mieux que je puisse faire, bien que je soispleinement conscient de ses limites et de ses imperfections. Le drame inattendu d'une telle entrepriserside dans le fait qu'un systme non-A, comme ses prdcesseurs, implique tout un systmemtaphysique structurel qui sera dvelopp plus loin.

    Le systmeAimpliquait une mtaphysique structurelle primitive; un systme non-A,pour avoir unequelconque valeur smantique, doit reposer sur une mtaphysique structurelle ou sur des hypothsesstructurelles correspondant l'volution de la science en 1933. Le premier pas dans l'laboration d'untel systme consiste tudier la science de 1933 et les mathmatiques, et afin de connatre cesdonnes structurelles (et d'laborer des hypothses l o nous manquons de donnes). Une telle tudeest extrmement laborieuse, lente, et mme ingrate, parce que les implications qui nous concernentsont structurelles. Ainsi, des annes de labeur patient et parfois pnibles se rsument souventprincipalement en quelques phrases brves, mais fondamentales.

    La perscution active, et qui ne s'est adoucie que trs rcemment, de ces chercheurs qui ont os tenterla rvision d'Aristote a t trs efficace dans la perptuation des ractions smantiques primitives. Iln'existe dans ce domaine pratiquement aucun travail critique important, et ce fait, naturellement, arendu mon propre travail plus difficile.

    Il apparat qu'au cours des quelques dernires annes, la plupart des fonctions physiologiques del'organisme humain ont t explores, l'exception des ractions smantiquespsychophysiologiqueset les troubles qu'elles entranent du point de vue prsent.

    L'tude de l'aphasie est relativement rcente, et celle de l'aphasie smantique plus encore. Ce n'est quedepuis la Guerre Mondiale qu'on a rassembl une somme de connaissances nouvelles dans cedomaine. Dans le cadre de la perspective scientifique de 1933, la structure macroscopique devient unefonction de la structure dynamique sub-micoscopique, et les considrations sur la structure collodaleet ses troubles acquirent une importance fondamentale. Nous devons, par consquent, tendre l'tudede l'aphasie smantique en lien avec des lsions macroscopiques, pour inclure dans le cadre de laphasie smantique (pas seulement l'a-phasie) les troubles fonctionnels sub-microscopiques lis l'ordre, l'ordre naturel de survie et son inversion pathologique, les troubles des ractions smantiques

    multiordinales.On sait que les maladies ou les troubles "mentaux" perturbent souvent les fonctions physiologiques

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    de l'organisme humain, et rciproquement. La mme chose se rvle vraie en ce qui concerne cesdernires ractions smantiques, qui ont t peu explores. Dans ce cas, de nombreuses difficultsspcifiques apparaissent, en raison du fait que ces ractions particulires sont strictement lies diffrentes rponses "motionnelles" ou affectives, qui sont dues la connaissance (ou au manque deconnaissance) de leurs mcanismes. Elles sont circulaires, comme le sont toutes les fonctions lies ausavoir. C'est une difficult majeure, qui est lie intrinsquement la structure du langage, rvlantgalement un fait des plus importants savoir que les langages peuvent avoir une structure. Cedomaine n'aurait pu tre mis en vidence par le systme A; pas plus qu'il n'aurait pu tre analys pardes moyensA.

    CHAPITRE VI

    DU SYMBOLISME

    Des philosophes se sont inquits des consquences lointaines, et des formulations inductives de lascience. Ils devraient concentrer leur attention sur l'urgence d'une transition immdiate.L'absurdit originelle de leurs explications deviendrait alors vidente.

    A.N. WHITEHEAD

    On dit souvent que les exprimentations doivent tre ralises sans ide prconue. Ceci estimpossible. Non seulement cela rendrait toute exprimentation strile, mais cette tentative seraitirralisable. Chacun porte dans son esprit sa propre conception du monde, dont il ne peut sedbarrasser aussi aisment. Nous devons, par exemple, utiliser le langage; notre langage ne reposeque sur des ides prconues, et il ne peut en tre autrement. Ce ne sont que des ides prconues

    inconscientes, mille fois plus dangereuses que les autres. H. POINCARE

    ... l'archevque de Canterbury, bien connu pour son patriotisme, a trouv cela judicieux -""A trouv quoi ?" dit le Canard." Il a trouv cela," rpondit la Souris, agace: "bien sur, tu sais ce que "cela" veut dire.""Je sais bien ce que "cela" veut dire, quand c'est moi qui le trouve", dit le Canard: "c'est gnralementune grenouille ou un vermiceau." (Alice au Pays des Merveilles)

    LEWIS CARROL

    ... la psychiatrie travaille spcifiquement sur l'homme en tant qu'organe social - les acquis de lapersonne et son comportement, ce que nous devons adapter avant que nous puissions attendre de

    l'individu qu'il fasse un usage appropri de la plupart de ce que nous lui apportons. (EsquisseHistorique et Perspectives du Travail Social Psychiatrique Hosp. Soc Serv V, 1922, 221)

    ADOLF MEYER

    Peut-tre, comme on l'a souvent dit, le problme avec les gens ne repose pas tant sur leur ignorance entant que telle que sur des prtendus savoirs qui n'en sont pas ... Si bien qu'il est toujours important dedcouvrir ces craintes sur lesquelles ils reposent, et si ces craintes reposent sur un faux savoir, ildevient possible de les dissiper. (568)

    WILLIAM A. WHITE

    "Les affaires humaines sont diriges par nos propres rgles, qui ont t cres par l'homme et selondes thories labores par des hommes que l'homme s'est donnes et d'aprs les thories qu'il s'estforges. Les ralisations humaines reposent sur l'utilisation des symboles. Pour cette raison, nousdevons nous considrer comme une espce vivante symbolique et smantique, dirige par ceux qui

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    contrlent les symboles. Or le terme "symbole" s'applique une quantit de choses, y compris auxmots et l'argent.

    Un morceau de papier, qu'on appelle dollar ou livre, a trs peu de valeur siquelqu'un d'autre refuse dele prendre; nous voyons ainsi que l'argent doit tre considr comme un symbole d'un accord entrehumains, au mme titre que des actes de proprit, des actions ou des obligations,. La ralit derrire

    le symbole- argent est d'ordre doctrinal, 'mental', et c'est une des caractristiques les plus prcieusesde l'humanit. Mais elle doit tre utilise correctement; c'est--dire avec une comprhension correctede sa structure et de ses modes de fonctionnement. Elle constitue un danger grave lorsqu'on en faitun usage inadquat.

    Quand nous parlons de "nos dirigeants", nous entendons par l ceux qui sont impliqus dans lamanipulation des symboles. Nous ne pouvons pas chapper au fait qu'ils dirigent, et dirigeronttoujours l'humanit, parce que nous constituons une espce vivante symbolique, et nous nepouvons cesser de l'tre, moins de rgresser au niveau animal.

    L'espoir pour le futur rside dans la comprhension de ce fait; savoir que nous seront toujoursdirigs par ceux qui matrisent les symboles, ce qui conduira des recherches scientifiques dans ledomaine du symbolisme et des r.s. (ractions smantiques). Nous devrions alors exiger de nos

    dirigeants qu'ils soient clairs etsoigneusement slectionns. Ceci peut sembler paradoxal, mais detelles recherches, comme la tentative que reprsente le prsent ouvrage, accompliront davantage pourla stabilisation des affaires humaines que des lgions de policiers quips de fusils, desbombes , des prisons et des asiles pour inadapts.

    Il serait difficile de dresser une liste complte de nos dirigeants; toutefois, certaines catgories sonttout fait videntes. L'une d'elle englobe les banquiers, les prtres, les hommes de loi et lespoliticiens, et ceux-ci travaillent ensemble. Ils ne produisent aucune valeur, se contentant demanipuler les valeurs produites par d'autres, et changent parfois des signes qui n'ont pas de valeurdu tout. Les scientifiques et les enseignants constituent galement une classe dirigeante. Ils produisentles valeurs principales dont dispose l'humanit, mais n'en n'ont pas actuellement conscience. Ilsse laissent mener, dans leur ensemble, par les mthodes sournoises des premiers.

    Les "philosophes" ont t omis de cette analyse. Ceci parce qu'ils mritent un traitement particulier.C'est un fait historique que de nombreux "philosophes" ont jou un rle important, et, pour parlerfranchement, tout fait sinistre au cours de l'Histoire. A la source de toute tendance historique,nous trouvons une certaine "philosophie", une implication structurelle habilement formule par un"philosophe" donn. Le lecteur de cet ouvrage ralisera plus loin que la plupart des "philosophes"emploient des termes multiordinaux et lmentalistes, qui n'ont pas de sens dfini ( une seulevaleur), et auxquels ils peuvent faire dire tout ce qu'ils veulent en les manipulant habilement Ce n'estaujourd'hui un mystre pour personne que certains "philosophes" trs influents taient des malades"mentaux". Certains malades mentaux sont extrmement adroits pour manipuler le langage etpeuvent mme parfois abuser des spcialistes expriments. Parmi les adroites constructions quiapparaissent dans l'Histoire comme des systmes "philosophiques", nous pouvons trouver desdoctrines compltement opposes. En consquence, chaque poque, il n'a jamais t difficile aux

    dirigeants de choisir une doctrine habilement formule qui corresponde parfaitement aux buts qu'ilspoursuivaient.

    Une des principales caractristiques de tels "philosophes" rside dans la folie les grandeurs, "lecomplexe de Jhovah". Leurs problmes leurs sont apparus comme tant au-del de la critique ou del'assistance d'autres tres humains, et la procdure correcte, comme connue uniquement desurhommes comme eux. Ainsi ont-ils refus tout naturellement de faire des recherches. Ils ontmme refus d'tre informs des recherches scientifiques menes hors de leurs champs"philosophiques". En raison de cette ignorance, ils n'ont, gnralement, pas mme pressentil'importance des problmes de structure.

    Il convient de dire, pour tre honnte, que toutes les soi-disant "philosophies" ne reprsentent pas unpisode de maladie mentale, et que quelques "philosophes" ralisent vritablement un travail

    important. Ceci s'applique aux soi-disant "philosophies critiques" et la thorie de laconnaissance ou pistmologie. J'appelle cette classe de travailleurs pistmologues, pour viter les

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    implications dplaisantes du termes "philosophe". Malheureusement les recherches pistmologiquessont des plus difficiles, en raison principalement du manque de psycho-logies scientifiques, lasmantique gnrale, et les recherches sur la structure et les ractions smantiques. Nous netrouvons que trs peu d'hommes exerant ce travail, qui, gnralement, est peu connu et peuappliqu. Il faut reconnatre que leurs crits ne sont pas d'une lecture aise. Ils ne font pas les grostitres des journaux, n'tant ni aids ni stimuls par l'intrt et le soutien du public.

    Il importe d'insister une fois de plus sur le fait que que tant que nous demeurerons humains (ce quisignifie une espce vivante symbolique), nous serons dirigs par ceux qui contrlent les symboles, etqu'aucune rvolution n'y changera jamais rien. Mais ce que l'humanit est en droit de demander -et le plus tt sera le mieux - c'est que nos dirigeants ne soient pas si scandaleusement ignorants, et enconsquence, pathologiques dans leurs ractions. Si des recherches psychiatriques etscientifiques devaient tre menes sur nos dirigeants, l'humanit serait catastrophe par leurs rsultats.

    Nous avons parl de "symboles", mais nous n'avons pas encore dcouvert de thorie gnrale sur lessymboles et le symbolisme. Nous prenons habituellement les termes la lgre et ne "rflchissons"jamais au genre d'implications et de ractions smantiques qu'un seul terme important peut engendrer.Le mot "symbole" est un de ces termes importants, lourds de signification. Si nous utilisons le terme"nourriture", par exemple, nous prsupposons pour acquise l'existence d'tre vivants capables demanger; et, de la mme faon, le terme "symbole" implique l'existence d'tres intelligents. Enconsquence, la solution au problme du symbolisme prsuppose de rsoudre le problmed'"intelligence" et de structure. Nous voyons ainsi que les questions ne sont pas seulementsrieuses et difficiles, mais galement que nous devons faire des recherche dans un domaine derecherche smantique dans lequel trs peu de choses ont t ralises.

    En gros, un symbole est dfini comme un signe qui reprsente quelque chose. Tout signe n'est pasncessairement un symbole. S'il reprsente quelque chose, il devient un symbole de cette chose. S'ilne reprsente pas quelque chose, alors il ne devient pas un symbole mais seulement un signedpourvu de sens. Cela est valable pour les mots tout comme pour les chques bancaires. Siquelqu'un dtient un solde nul sur son compte en banque, mais qu'il possde toujours un chquier etremplit un chque, il met un signe mais pas un symbole, car le signe ne reprsente rien. Utiliser

    ces signes particuliers comme des symboles donne gnralement lieu des condamnationsd'emprisonnement. Cette analogie s'applique aux bruits que nous mettons oralement, qui deviennentoccasionnellement des symboles, mais qui, parfois, n'en sont pas; aucune condamnation n'est cejour prvue pour une telle fraude.

    Avant qu'un bruit., puisse devenir un symbole, il doit exister une chose dont le symbole soit unereprsentation. Ainsi le premier problme du symbolisme devrait concerner la recherche duproblme de l'"existence". Pour dfinir l'"existence", nous devons prciser les critres l'aide desquels nous tablissons l''existence". Actuellement l'utilisation de ce terme n'est pasuniforme et elle est largement une question de convenance. Depuis peu, les mathmaticiens ontdcouvert beaucoup de choses sur ce terme. Pour ce qui est de nos objectifs prsents, nous pouvonsaccepter deux sortes d'existence: (1) l'existence physique, relie en gros nos "sens" et la

    persistance, et (2) l'existence "logique". Les nouvelles recherches sur les fondements desmathmatiques, commences par Brouer et Weyl, semblent conduire une restriction du sens del'existence "logique", dans une direction tout fait pertinente. Mais nous pouvons provisoirementaccepter le sens le plus gnral, tel que l'a introduit Poincar. Il dfinit l'existence "logique"comme une proposition non contradictoire. Nous pouvons dire alors qu'une "pense", pour treune "pense", ne doit pas se contredire. Une dclaration contradictoire est dpourvue de sens; quelleque soit la faon dont nous l'argumentons, les rsultats que nous obtenons sont dpourvus devalidit. Nous disons alors qu'une nonc contradictoire n'a pas d'existence "logique". Prenons parexemple un nonc concernant un cercle carr. C'est ce qu'on appelle une contradiction dans lestermes, un non-sens, une dclaration insense, qui n'a pas d'existence "logique". Dsignons cette"salade de mots" par un bruit spcial - disons "bla-bla". Un tel bruit deviendra-t-il un mot, unsymbole ? Manifestement pas - il ne reprsente rien; il demeure un simple bruit., indpendamment du

    nombre de volumes qu'on pourrait crire son sujet.Il est extrmement important sur le plan smantique, de noter que les bruits., que nous, humains,

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    mettons ne devraient pas tous tre considrs comme des symboles ou des mots chargs de sens. Detels bruits vides., peuvent surgir non seulement dans des "dclarations" directes, mais galementdans des "questions". Il est tout fait vident que des "questions" qui utilisent des bruits., au lieu demots ne sont pas des questions qui ont une signification.. Elles ne demandent rien, et il n'est paspossible d'y rpondre. Elles sont, peut-tre, mieux traites par des psychiatres, comme symptmesde fantasmes, illusions ou d'hallucinations. Dans les asiles les bruits., mis par les patients sont engrande partie dpourvus de sens, selon le monde extrieur, mais ils deviennent des symboles de lamaladie du patient.

    Ces symboles qui ont un sens dans un contexte donn et n'ont pas de sens dans un autre contexteconstituent un problme compliqu et difficile. La question qui se pose ici est celle de la"reprsentation symbolique correcte des faits". Nous ne dvelopperons pas ce sujet pour le moment,mais nous nous contenterons d'en donner, sous une formulation diffrente, une illustration emprunte Einstein. Prenons un objet donn; par exemple, un crayon. Nous postulons que la temprature decet objet physique est de 60 degrs. Nous pouvons ensuite poser la "question": "Quelle est latemprature d'un "lectron" dont ce crayon est compos ?" Diffrentes personnes, y compris denombreux scientifiques et mathmaticiens, diraient: "60 degrs"; ou n'importe quel autre nombre. Etfinalement certains diraient:" "Je ne sais pas." Toutes ces rponses ont une caractristique commune;

    savoir qu'elles sont dpourvues de sens; car elles tentent de rpondre une question dpourvue desens. Mme la rponse "Je ne sais pas", n'chappe pas cette classification, car il n'y a rien savoirsur une question dnue de sens. La seule rponse correcte consiste expliquer que la questionn'a pas de sens. C'est un exemple d'un symbole qui ne peut s'appliquer un "lectron". Latemprature par dfinition vient de la vibration des molcules (les atomes sont considrs comme desmolcules mono-atomiques); si bien que pour qu'il y ait production de temprature, nous devonsavoir au moins deux molcules. Ainsi, quand nous prenons une molcule et la partageons en atomeset en lectrons, le terme "temprature" ne s'applique nullement par dfinition un lectron. Bien quele terme "temprature" reprsente un symbole parfaitement valable dans un contexte donn, il devientun bruit vide de sens dans un autre. Le lecteur ne devrait pas passer ct de la plausibilit de telsjeux de mots, car il y a l un danger smantique trs rel .

    Dans l'tude du symbolisme, il est peu judicieux de ngliger la connaissance que nous apporte lapsychiatrie. Les soi-disant malades "mentaux" ont souvent un mcanisme smantique de projectiontout fait vident et bien connu. Ils projettent leurs propres sentiments, humeurs, et autresimplications structurelles sur le monde extrieur, et construisent ainsi des fantasmes, des illusions ethallucinations, croyant que ce qui se passent en eux se produit hors d'eux. Habituellement, ilest impossible de convaincre le patient de son erreur, car l'ensemble de sa maladie rside dans letrouble smantique qui conduit de telles projections.

    Dans la vie courante nous trouvons de multiples exemples de telles projections smantiques,d'intensit affective variable, qui conduisent invariablement des consquences plus ou moinsgraves. Nous traiterons plus tard de manire extensionnelle de la structure de telles projectionsaffectives. Pour le moment nous devons nous contenter d'insister sur l'importance des problmesd'"existence", et sur le fait que quiconque prtendant qu'une chose "existe" en dehors de lui doitpouvoir en faire tat. Sans quoi, l'"existence" en question ne rside qu'en lui-mme - un tatpsychologique qui devient pathologiques au moment o il le projette sur le monde extrieur. Siquelqu'un prtend que le terme "licorne" est un symbole, il doit montrer ce que reprsente ce symbole.On pourrait dire que "licorne", en tant que symbole, reprsente un animal imaginaire dans la sciencehraldique, une affirmation qui se rvle correcte. Dans ce sens-l le terme "licorne" devient unsymbole d'une chimre, et appartient juste titre la psycho-logie, qui traite des chimres humaines,mais il n'appartient pas la zoologie, qui traite d'animaux rels. Mais si quelqu'un croyaitfermement et intensment que la "licorne" reprsente un animal rel dot d'une existenceobjective, il serait ou bien dans l'erreur ou dans l'ignorance, et pourrait tre convaincu ou clair;sans quoi, il serait srieusement atteint. Nous voyons que dans ce cas, comme dans beaucoupd'autres, tout dpend de l'"ologie" laquelle notre impulsion smantique attribue une "existence"

    donne. Si nous attribuons la "licorne" la psychologie ou la hraldique, une telle affirmation estcorrecte, et n'engendre aucun prjudice smantique; mais si nous attribuons une "licorne" la

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    zoologie, autrement dit, si nous croyons qu'une "licorne" a une existence objective et non fictive,cette raction smantique pourrait tre de l'ordre de l'erreur, ou de l'ignorance, et , dans ce cas,elle pourrait tre corrige; sans quoi elle devient une maladie smantique. Si, en dpit de toute preuvedu contraire, ou de l'absence de toute preuve positive, nous persistons dans cette croyance,alors les composants affectifs de nos ractions smantiques sont si fortes qu'ils chappent aucontrle normal. Habituellement une personne ayant de telles croyances affectives est gravementmalade, et, en consquence, aucune vidence ne peut parvenir la convaincre.

    Nous voyons alors que l'"ologie" laquelle nous attribuons ces termes a son importance, et certainesattributions peuvent tre de caractre pathologique, si elles identifient des entits psycho- logiquesavec le monde extrieur. La vie est pleine d'identifications dramatiques de ce genre, et un grand pas enavant serait accompli dans le domaine de l'hygine smantique si certaines "ologies" - autrement dit,des dmonologies de diffrentes natures, devraient tre abolies en tant que telles, et leur contenu,transfr dans une autre "ologie"; savoir, la psycho-logie, dont elle fait partie.

    Les consquences du mcanisme de projection sont dramatiques, et il est dangereux de le dvelopper.C'est au cours de l'enfance qu'il est le plus dommageable, quand le dveloppement de ce mcanismesmantique est induit par des enseignements ineptes, affectant ainsi, de faon pathologique, lesystme nerveux en formation sur le plan physique de l'enfant humain. Nous rencontrons ici un faitimportant qui deviendra plus tard crucial - savoir que l'ignorance, l'identification, et lesfantasmes,illusions et hallucinations, sont dangereusement lis, et diffrentis uniquement par le contexte oul'intensit "motionnels".

    Un aspect important du problme de l'existence peut tre illustr travers quelques exemples.Souvenons-nous qu'un bruit ou un signe crit, pour devenir un symbole, doit reprsenter quelquechose. Imaginons que vous, mon lecteur, et moi-mme soyons engags dans une controverse.Devant nous, sur la table, se trouve un objet que nous appelons gnralement une boite d'allumettes:vous soutenez qu'il y a des allumettes dans cette boite; je dis qu'il n'y en a pas. Notre dsaccordpeut tre tranch. Nous ouvrons la boite et regardons dedans, et nous voil tous deuxconvaincus. Il faut remarquer que dans notre diffrend, nous avons utilis des mots, car ilsreprsentaient quelque chose. Si bien que quand nous avons commenc polmiquer, la polmique

    pouvait tre rsolue de manire satisfaisante pour tous les deux, puisqu'il y avait un troisime facteur,l'objet, qui correspondait au symbole utilis, et celui-ci a rgl la dispute. Un troisime facteur taitprsent, aussi un accord est-il devenu possible. Prenons un autre exemple. Essayons de rsoudre leproblme: "Est-ce que bla-bla est un cas de tra-tra ?" Imaginons que vous disiez "oui" et que je dise"non". Pouvons-nous parvenir un accord ? C'est une vritable tragdie, de celles dont la vie estpleine, que de telles dispute ne puissent tre tranches en aucune faon. Nous avons utilis desbruits, et non des mots. Il n'existait aucun troisime facteur pour lequel ces bruits tenaient lieude symboles, si bien que nous pourrions argumenter ternellement sans la moindre chance deparvenir un accord. Que les bruits puissent avoir reprsent des troubles smantiques est untout autre problme, et dans un tel cas il conviendrait de consulter un psychiatre, mais lesdiscussions devraient cesser. Le lecteur trouvera sans difficult d'autres exemples tirs de la viequotidienne, dont beaucoup de nature extrmement dramatiques.

    Nous voyons que nous pouvons arriver, ds maintenant, une importante conclusion; savoirque, tout d'abord, nous devons faire la diffrence entre les mots, des symboles qui reprsententquelque chose, et des bruits, qui ne sont pas des symboles, qui n'ont pas de sens ( moins d'un senspathologique pour le physicien); et, deuximement, que si nous utilisons des mots (des symbolesreprsentant quelque chose), toutes les disputes peuvent tre rsolues tt ou tard. Mais dans les caso nous utilisons des bruits comme s'ils taient des mots, de telles disputes ne peuvent jamais tretranches. Les argumentations concernant la "vrit" ou la "fausset" de dclarations contenant desbruits sont inutiles, car les termes "vrit" ou "fausset" ne s'appliquent pas eux. Les bruits ont unaspect trs encourageant. Si nous utilisons des mots, des symboles, non des bruits, il arrive queles problmes soient compliqus et difficiles; il est possible que nous devions attendrelongtemps pour trouver une solution; mais nous savons que cette solution apparatra. Dans les cas

    o ce fait est expos, alors que nous faisons des bruits, et les utilisons comme s'ils taient des mots,il nous permet alors immdiatement de reconnatre les "problmes" correctement comme de "faux

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    problmes", et de telles solutions demeurent valides. Ainsi, nous voyons que l'une des originesmanifestes des dsaccords entre humains rside dans l'utilisation de bruits la place des mots, et decette faon, aprs tout, il serait possible de nous dbarrasser de cette importante source de conflitsentre humains en l'espace d'une seule gnration, grce une ducation adapte des ractionssmantiques. Vraiment, les recherches sur le symbolisme et les ractions smantiques recouvrent degrandes possibilits. Nous ne devrions pas nous tonner de trouver des bruits dnus de sens dansles bases de nombreuses vieilles "philosophies", bruits qui sont la source de la plupart de nosvieux conflits et controverses "philosophiques". Il en dcoule des sentiments d'amertume et destragdies, parce que de nombreux "problmes" deviennent de "faux problmes", et que ladiscussion de mne nulle part. Mais, en tant que matriel pour des tudes psychiatriques, ces vieuxdbats peuvent tre considrs sous l'angle scientifique, pour le plus grand bien de notrecomprhension.

    Nous avons dj mentionn l'analogie entre les bruits que nous faisons quand ces bruits nesymbolisent rien d'existant, et les "chques" sans valeur que nous signons quand notre compte enbanque n'est plus approvisionn. Nous pourrions largie cette analogie et la comparer avec la vented'attrape- nigauds, ou n'importe quelle autre transaction commerciale dans laquelle nous tentons defaire accepter quelque chose notre partenaire travers une reprsentation contraire aux faits. Or

    nous ne ralisons pas que, quand nous faisons des bruits qui ne sont pas des mots, parce qu'ils nesont pas des symboles, et que nous les prsentons notre partenaire comme s'ils taient considrscomme des mots ou des symboles, nous commettons un acte de mme nature. Dans le trsconcis Dictionnaire d'Oxford de l'Anglais Courant, il y a le mot "fraude", dont la dfinition noussera intressante tudier. Sa dfinition standard est: "Fraude, n. : tromperie (rare), supercheriecriminelle, usage de fausses reprsentations. (en droit): artifice malhonnte, ruse (pieuxmensonge, tromperie commise dans l'intention de tirer un bnfice au dtriment de la personnetrompe, particulirement dans le but de renforcer une croyance religieuse); personne ou chose quine correspond pas une attente ou une description." La commercialisation a pris grand soind'empcher un sorte de fraude symbolique, comme dans les exemples d'mission de chquesfalsifis, de vente de lingots d'or ou d'coulement de faux billets. Mais jusque l, nous n'avons paseu l'intelligence de nous rendre compte qu'une autre fraude des plus importantes et de mme natureest perptre continuellement. Si bien que jusqu' maintenant , nous n'avons rien fait pour l'empcher.

    Aucun lecteur rflchi ne peut nier que la transmission, un auditeur peu souponneux, de bruits la place de mots ou de symboles, doit tre considre comme une fraude, car cela revient transmettre l'autre des perturbations smantiques contagieuses. Cette brve remarque montre,immdiatement, que des recherches sur un symbolisme adapt auraient des rsultats importants surles plans thique et social.

    D'un ct, comme nous l'avons dj vu, et comme cela deviendra de plus en plus vident au fur et mesure que nous avancerons, notresant est lie un symbolisme correct. Et, naturellement, avec laprogression de la sant, nos critres "moraux" et "thiques" mergeront. Il semble inutile de prcherdes mtaphysiques "thiques" et "morales" si nous n'avons pas de critre en matire de sant. Unepersonne fondamentalement insense ne peut, en dpit de tous les sermons, tre "morale" ni"thique". Il est bien connu que mme la personne dote du meilleur temprament du mondedevient maussade ou irritable quand elle est malade, et ses autres caractristiques smantiques semodifient de la mme faon. L'abus de symbolisme est comparable l'abus de nourriture ou deboisson: il rend les gens malades, si bien que leurs ractions deviennent perturbes.

    Mais, paralllement aux gains moraux et thiques obtenir de l'usage d'un symbolisme correct, notresystme conomique, qui repose sur le symbolisme et qui, avec les rgles de la commercialisationignorante, a principalement dgnr en un abus de symbolisme (manie du secret, conspiration,publicit mensongre, entente illicite, chevaliers d'industrie.,) gagnerait aussi normment et sestabiliserait. Une telle application d'un symbolisme correct conomiserait une quantit normed'nergie nerveuse actuellement gaspille en tracas, incertitudes., dont nous nous embarrassonssans arrt, comme pour mettre notre endurance l'preuve. Nous ne devrions pas nous demander

    pourquoi nous nous effondrons individuellement et socialement. Vraiment, si nous ne devenons pasplus intelligents dans ce domaine, c'est notre culture toute entire qui s'effondrera invitablement.

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    Les problmes smantiques de symbolisme adapt sous-tendent toute vie humaine. Lesymbolisme incorrect, de la mme faon, a galement des ramifications smantiques normes, et il estne peut que saper la base toute possibilit de mettre sur pied une civilisation structurellementhumaine. Il n'est pas possible de construire des ponts et de s'attendre ce qu'ils tiennent debout siles volumes de leurs points d'attache et de leurs contreforts sont construits partir desformules s'appliquant auxsurfaces. Ces formules sont structurellement diffrentes, et les confondreavec les formules des volumes serait dsastreux. De la mme faon, nous ne pouvons pas appliquer l'homme des gnralisations tires des vaches, des chiens, et d'autres animaux, et attendre desstructures sociales qui en rsultent qu'elles perdurent.

    Depuis peu, les problmes de perte de sens commencent interroger un certain nombre d'crivains,qui, toutefois, traitent le sujet sans raliser le caractre multiordinal, valeur infinie, et non-lmentaliste des significations. Ils partent de l'hypothse que l'"absence de sens" a ou peut avoir uncontenu gnral dfini ou unique, un "sens" une valeur. Ce qui a dj t dit concernant lessignifications non-lmentalistes, et l'exemple de la licorne donn ci-dessus, tablissent uneconsquence smantique des plus importantes; savoir que ce qui est "dpourvu de signification"dans un contexte donn un niveau d'analyse, peut devenir porteur de sens sinistres un autre niveauquand il devient un symbole d'uneperturbation smantique. Cette prise de conscience, en elle-mme,

    est un facteur smantique absolument fondamental pour nos ractions, sans lequel la solution desproblmes de sant devient extrmement difficile, voire impossible atteindre.

    DEUXIEME PARTIE

    GENERALITES SUR LA STRUCTURE

    La thorie de la relativit en physique rduit tout des relations; cela veut dire que c'est la structure quicompte, non la matire. Il n'est pas possible d'laborer de structure sans matire, mais la nature de lamatire n'a pas d'importance.

    A.S. EDDINGTON

    Structure et fonction sont relies mutuellement. La fonction produit la structure et la structure modifieet dtermine le caractre de la fonction.

    CHARLES H. CHILD

    Ces difficults me suggrent l'hypothse suivante, savoir que, selon Wittgenstein, chaque language

    possde une structure au sujet de laquelle le langage ne nous permet pas de dire quoi que ce soit,mais qu'il pourrait exister un autre langage qui traiterait de la structure du premier, qui possderait lui-mme une nouvelle structure, et que cette hirarchie des langages soit illimite. Mr Wittgensteinrpondrait bien entendu que toute sa thorie est applicable telle quelle la totalit de tels langages. Laseule rponse possible serait de nier qu'il puisse exister une telle totalit.

    BERTRAND RUSSEL

    CHAPITRE IV

    Aucune justification satisfaisante n'a jamais t apporte pour relier de quelque manire que ce soit lesconsquences du raisonnement mathmatique avec le monde physique. E.T. BELL

    Toute personne qui tudie les sciences, ou l'histoire des sciences, peut difficilement passer ct de

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    deux tendances fondamentales qui imprgnent le travail de ceux qui ont accompli le plus dans cedomaine. La premire tendance consiste baser de plus en plus les sciences sur les exprimentations;la seconde exige une formulation plus rigoureuse et plus critique. La premire tendance passe par laconception d'instruments plus nombreux et plus adapts, et par la formation d'exprimentateurs; laseconde passe par l'invention de formes verbales plus satisfaisantes, des formes de reprsentations etthoriques plus satisfaisantes, afin de prsenter un compte-rendu plus cohrent des faitsexprimentaux.

    La deuxime tendance a une importance gale la premire; un ensemble de faits isols ne produit pasune science, pas plus un tas de briques ne produit une maison. Les faits isols doivent tre ordonnset combins entre eux selon des relations structurelles sous la forme d'une thorie donne. Ensuite,seulement, nous avons une science, quelque chose qui sert de point de dpart l'analyse, la rflexionla critique et l'amlioration. Avant que ce quelque chose puisse tre critiqu et amlior , il doitd'abord tre produit, de faon que le chercheur qui dcouvre un fait donn, ou qui formule une thoriescientifique donne, ne perde pas son temps. Mme ses erreurs peuvent tre utiles, car elles peuventservir de stimulation d'autres scientifiques dans leurs recherches et leurs progressions.

    Les scientifiques ont dcouvert il y a longtemps que le langage courant de la vie de tous les jours apeu de valeur dans le domaine scientifique. Ce langage nous procure une forme de reprsentationd'une structure trs ancienne, qui nous empche de fournir un compte-rendu complet et cohrent denous-mmes ou du monde qui nous entoure. Chaque science doit laborer une terminologieparticulire adapte ses propres buts spcifiques. Ce problme d'un langage adquat est d'unegrande importance. Nous ne ralisons pas assez les obstacles qu'engendrent un langage d'unestructure antique. Un tel langage n'est d'aucune aide, car il empche effectivement toute analysecorrecte travers les habitudes smantiques et les implications structurelles qu'il contient en lui-mme.Ce dernier peut tre trs ancien et reli, par ncessit, avec des implications structurelles primitives,ou, comme nous le disons, des mtaphysiques impliquant des ractions smantiques primitives.

    Le texte ci-dessus explique pourquoi la vulgarisation des sciences est une entreprise si difficile etconstitue, peut-tre, mme un dangereux problme au niveau smantique. Nous tentons de traduire unlangage cratif et correct, dont la structure est similaire celles des faits exprimentaux, dans un

    langage d'une structure diffrentes, entirement tranger au monde qui nous entoure et nous-mmes.Bien que la vulgarisation de la science restera probablement une tche impossible, il demeuresouhaitable que les rsultatsde la science soient mis la porte du profane, ds l'instant o l'on peuttrouver des moyens qui n'entranent pas, par ncessit, des comptes-rendus trompeurs. Il semble quede telles mthodes soient porte de main et celles-ci impliquent des considrations structurellesetsmantiques.

    Le terme "structure" est frquemment utilis dans la littrature scientifique moderne, mais maconnaissance, seuls Bertrand Russel et Wittgenstein ont considr srieusement ce problme, et ilreste encore beaucoup faire. Ces deux auteurs ont analys ou on trait la structure des propositions,mais des notions similaires peuvent tre gnralises aux langages considrs comme un tout. Pourpouvoir considrer la structure d'un langage d'une structure dfinie, nous devons produire un antre

    langage d'une structure diffrentequi permette d'analyser la structure du premier. Ce procd semblenouveau quand on l'applique effectivement, bien qu'il ait t prvu par Russell. Si nous produisons unsystme non-Abas sur des "relations", l'"ordre", la "structure"., nous serons en mesure d'examinerefficacement le systme A, qui ne permet pas de relations asymtriques, et ne peut alors tre analyspar des moyensA.

    Le sens du mot "structure" tir du dictionnaire est peu de choses prs le suivant: Structure: maniredont une construction ou un organisme ou un autre ensemble complet est construit, charpente desoutnement ou ensemble de parties essentielles de quelque chose (la structure d'une maison, d'unemachine, d'un animal, d'un organe, d'un pome, d'une phrase; phrase d'une structure approximative;sa structure est ingnieuse; un ornement devrait mettre en valeur et non dissimuler les lignes destructure),. Les implications du terme "structure" sont claires, mme dans son acception quotidienne.

    Pour avoir une "structure" nous devons avoir un ensemble de parties ordonnes et relies entre elles.La "structure" est analyse dans Principia Mathematica et est aussi expliqu simplement dans les

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    travaux les plus populaires de Russell. Le Tractatus de Wittgenstein est construit sur desconsidrations structurelles, bien qu'il contienne peu d'explications sur la structure, car l'auteur postuleapparemment que le lecteur est familiaris avec les travaux de Russell.

    Une des fonctions fondamentales des processus "mentaux" consiste distinguer. Nous distinguonsdes objets par certaines caractristiques, qui sont gnralement exprimes par des adjectifs. Si, dans

    un ordre d'abstraction plus lev, nous considrons des objets individuels, non pas en les isolant demanire parfaitement fictive, mais tels qu'ils apparaissent empiriquement, comme des lments d'unensemble donn ou une collection d'objets, nous dcouvrons des caractristiques qui appartiennent la collection et non pas un objet "isol". De telles caractristique provenant du fait que l'objetappartient une collection sont appeles "relations".

    Dans de telles collections, nous avons la possibilit d'ordonnerles objets, et ainsi, par exemple, nouspouvons dcouvrir une relation selon laquelle un objet se situe "avant" ou "aprs" l'autre, ou que Aest le pre de B. Nous pouvons ordonner une collection de nombreuses faons, et nous pouvonsdcouvrir de nombreuses relations. Il est important de noter que "l'ordre" et les "relations" sont, enmajeure partie, prsents de manire empirique et que, par consquent, ce langage peut reprsenteradquatement les faits tels que nous les connaissons. La structure du monde rel est telle qu'il estcompltement impossibled'isoler un objet. Un langageAbas sur le sujet-prdicat, qui tend traiterles objets comme s'ils taient isols les uns des autres et qui n'accorde aucune place aux relations(celles-ci tant impossibles dans un "isolement" complet), a manifestement une structure qui n'est passimilaire la structure du monde, dans lequel nous avonsseulementaffaire des collections, dont leslments sont relis.

    Manifestement, dans de telles conditions empiriques, seul un langage dcoulant de l'analyse descollections, et, par consquent, un langage de "relations", d'"ordre"., aurait une structure similairecelle du monde qui nous entoure. L'utilisation d'une seule forme de langage sujet-prdicat entranebon nombre de nos mtaphysiques et r.s.antisociales et "individualistes", que nous n'analyserons pasici, sauf pour mentionner que leurs implications structurelles dcoulent de la structure du langagequ'elles utilisent.

    Si nous poursuivons plus avant l'analyse, nous pouvons trouver des relations entre les relations,comme, par exemple, lasimilarit de relations. Nous suivons la dfinition de Russell. Deux relationssont dites similaires s'il y a une correspondance un-unentre les termes de leurs champs, telle que, dsl'instant o deux termes sont en relation P, il existe une relation Q entre leurs corollaires, et vice versa.Par exemple, deux sries sont similaires quand leurs termes peut tre mis en corrlation sans changerleur ordre, une carte exacte est similaire au territoire qu'elle reprsente, un livre crit phontiquementest similaire aux sons quand on le lit.

    Quand deux relations sont similaires, nous disons qu'elles ont unestructure similaire, qui est dfiniecomme la classe de toutes les relations similaires la relation donne.

    Nous voyons que les termes "collection, "agrgat", "classe", "ordre", "relations", "structure" sontrelis entre eux, chacun d'eux impliquant les autres. Si nous dcidons de nous confronter

    courageusement la "ralit" empirique, nous devons accepter le langage quatre dimensionsd'Einstein-Minkowski, car l'"espace" et le "temps" ne peuvent tre spars empiriquement, et ainsinous devons avoir un langage d'une structure similaireet considrer les faits du monde comme unesrie d'vnements ordonns en interrelations, auxquels, comme expliqu ci-dessus, nous devonsattribuer une "structure". La thorie d'Einstein, contrastant avec la thorie de Newton, nous fournit untel langage, dont la structure est similaire celle des faits empirique comme nous le rvle la sciencede 1933 et l'exprience commune.

    Les dfinitions ci-dessus ne conviennent pas compltement nos objectifs. Pour commencer,donnons une illustration, et voyons dans quelle direction il serait possible d'effectuer unereformulation.

    Prenons un territoire rel donn dans lequel les villes apparaissent dans l'ordre suivant: Paris, Dresde,

    Varsovie, quand ils sont considrs d'Ouest en Est. Si nous devions dessiner une carte de ceterritoire et placer Paris entreDresde et Varsovie comme ci-dessous :

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    Territoire rel *_____________*_____________*

    Paris Dresde Varsovie

    Carte *_____________*_____________*Dresde Paris Varsovie

    Nous devions dire que la carte est fausse, ou incorrecte, ou que la carte a unestructure diffrente decelle du territoire. Si, en gros, nous devions essayer de voyager en nous orientant avec une telle carte,nous nous apercevrions qu'elle nous induirait en erreur. Elle nous garerait, et nous pourrionsgaspiller beaucoup d'efforts inutiles. Dans certains cas, une carte d'une structure inadquateprovoquerait des souffrances relles et des dsastres, comme, par exemple, dans le cas d'une guerre,ou d'une urgence mdicale.

    Il conviendrait de noter deux caractristiques importantes des cartes. Une carte n'est pasle territoirequ'elle reprsente, mais, si elle est correcte, elle a unestructure similaireau territoire, d'o son utilit.Si la carte pouvait tre idalement correcte, elle comprendrait, une chelle rduite, la carte de la carte;la carte de la carte, de la carte, et ainsi de suite, indfiniment, un fait soulign l'origine par Royce.

    Si nous examinons nos langage, nous nous apercevons qu'ils doivent tre considrs au mieuxseulement comme des cartes. Un mot n'est pas l'objet qu'il reprsente; et les langages prsententgalement cette auto-rflexivit particulire, savoir que nous pouvons analyser les langage par desmoyens linguistiques. Cette auto-rflexivit des langages prsente de srieuses difficults, qui nepeuvent tre rsolues que par la thorie de la multiordinalit, dveloppe dans la septime partie.L'ignorance de ces complexits a des consquences dramatiques et dsastreuses dans la vie de tousles jours et sur le plan scientifique.

    Nous avons dj mentionn que les dfinitions connues de la structure ne sont pas compltement

    satisfaisantes. Les termes "relation", "ordre", "structure" sont relis entre eux en raison de leursimplications. Actuellement, nous considrons gnralement l'ordre comme une sorte de relation. Avecles nouvelles notions quadri-dimentionnelles tires des mathmatiques et de la physique, il peut trepossible de traiter les relations et la structure comme une forme d'ordre multi-dimensionnel. Un telchangement n'est peut-tre pas si important au niveau thorique, mais d'un point de vue pratique,concret, ducatif et smantique, il apparat absolument vital. L'ordre semble neurologiquement plussimple et plus fondamental que la relation. C'est une caractristique du monde empirique que nousapprhendons directement au moyen de nos centre nerveux infrieurs (les "sens"), et que nouspouvons traiter avec une grande prcision grce nos centres nerveux suprieurs (la "pense"). Ceterme semble plus distinctement avoir le caractre d'un organisme-comme-un-tout, pouvant dsigner la fois les activits des centres nerveux suprieurs aussi bien qu'infrieurs, c'est pourquoi il doit trestructurellementfondamental.

    Le reste de ce volume est destin montrer que le systme et le langage courantAque nous ont lgunos anctres primitifs ont unestructure compltementdiffrente de la structure du monde, de la notreet de notre systme nerveux, telle qu'elle est connue et tablie en 1933. Un tel langage-carte dpassdoit ncessairement nous conduire des dsastres smantiques, car elle impose et reflte sa structurednature sur la structure de nos doctrines et de nos institutions. Manifestement, une science del'homme tait impossible formuler dans de telles conditions linguistiques; sa structure tantdiffrente de celle de notre systme nerveux, un tel langage ne peut que dsorganiser galement lefonctionnement de ce dernier et perturber notre sant mentale.

    Une fois que nous aurons compris cela, nous nous apercevrons clairement que les recherches sur lastructure du langage et l'adaptation de cette structure la structure du monde et de nous-mmes, telleque les sciences en produisent chaque poque, doivent conduire de nouveaux langages, de

    nouvelles doctrines, de nouvelles institutions, et in fine, doivent dboucher sur une nouvellecivilisation plus saine, impliquant de nouvelles ractions smantiques qui peuvent correspondre l're

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    scientifique.

    L'introduction de certains termes nouveaux, et le rejet de quelques termes anciens suggrent deschangement structurels souhaitables, adaptent la structure du langage-carte la structure connue dumonde, de nous-mmes et du systme nerveux, et nous conduisent ainsi de nouvelles ractionssmantiques et une thorie de la sant mentale.

    Comme les mots ne sont pasles objets qu'ils reprsentent, la structure, et la structure seule, devientle seul lien qui relie nos processus verbaux aux donnes empiriques. Pour russir l'adaptation et lasant mentale et les conditions qui en dcoulent, nous devons d'abord tudier les caractristiquesstructurelles de ce monde, et seulement ensuite, construire des langages d'une structure similaire, aulieu d'attribuer au monde la structure primitive de notre langage comme nous avons l'habitude de lefaire. Toutes nos doctrines, toutes nos institutions., dpendent de dbats verbaux. Si ces dbats sontconduits dans un langage d'une structure inadapte et dnature, nos doctrines et nos institutionsrefltent ncessairement cette structure linguistique, qui les dnature, et conduisent invitablement des dsastres.

    Que ces langages, en tant que tels, aient tous une structure donne ou une autre est une notionnouvelle, et, peut-tre, inattendue. En outre, tout langage ayant une structure, du fait de la nature

    mme du langage, il reflte dans sa propre structure la structure celle du monde prsume par ceuxqui ont dvelopp le langage. En d'autres termes, nous lisons inconsciemment dans le monde lastructure du langage que nous utilisons. Estimer et attribuer au monde une structure imaginaire ,principalement base sur des suppositions primitives, est prcisment la vocation des "philosophies"et de la "mtaphysique". A l'oppos, la recherche empirique de la structure du monde et l'laborationde nouveaux langages (thories), de structure ncessaire, ou similaire, est ce quoi se consacrent lessciences. Quiconque rflchira sur ces particularits structurelles du langage ne peut ignorer laquestion smantique selon laquelle la mthode scientifique est la seule utiliser le langagecorrectement. Elle se dveloppe selon l'ordre naturel, alors que la mtaphysique de toute descriptionutilise l'ordre invers, et en fin de compte se rvle pathologique.

    Depuis Einstein et la nouvelle mcanique quantique, il est devenu de plus en plus vident que le seul

    contenu de "la connaissance" est de caractre structurel. Et la prsente thorie tente de formuler ce faitde manire gnralise. Si nous construisons un systme non-A l'aide de nouveaux termes et demthodes exclues par le systme A, et que nous abandonnons certaines de nos habitudes de "pense"et de nos ractions smantiques primitives, comme par exemple la confusion de l'ordre desabstractions, l'inversion de l'ordre invers, et que nous introduisons ainsi l'ordre naturel dans nosanalyses, nous dcouvrirons alors que toute la "connaissance" humaine prsente une structuresimilaire la connaissance scientifique, et qu'elle apparat comme la "connaissance" de la structure.Mais, pour parvenir ces rsultats, nous devons nous dpartir compltement des systmes antrieurs,et abandonner dfinitivement l'usage du "est" de l'identit.

    Il semblerait que l'importance considrable pour l'humanitdes systmes bass sur les "relations",l'"ordre", la "structure", dpend du fait que de tels termes autorisent un traitement exact et "logique",puisque deux relations de structure similaire ont toutes en commun leurs caractristiques logiques.

    Comme dans le systme A nous ne pouvions pas utiliser de tels termes, il devient vident qu'il taitalors impossible de parvenir une rationalit et une adaptation suprieures.

    Ce n'est pas l'"esprit" humain et ses "limites" qui sont blmer, mais un langage primitif, et sastructure trangre ce monde, qui ont provoqu de tels dsordres dans nos doctrines et nosinstitutions.

    L'utilisation du terme "structure" ne prsente pas de difficults particulires partir du moment onous comprenons son origine et ses significations. La principale difficult rside dans les vieilleshabitudes du langage A, qui ne nous permettent pas d'utiliser la structure, puisque, vritablement,cette notion n'a pas sa place dans un systme sujet-prdicat A gnral.

    Rptons une fois de plus les deux prmisses ngatifs cruciales telles qu'elles sont t

    catgoriquement tablies par toute l'exprience humaine: (1) Les mots ne sont pas les choses dontnous parlons; et (2) Il n'existe aucune chose telle qu'un objet totalement isol.

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    CHAPITRE XXIII

    REACTIONS CONDITIONNEES

    AUX NIVEAUX SUPERIEURS ET PSYCHIATRIE

    On a dcouvert chez le chien deux conditions pour provoquer des troubles pathologiques par desinterfrences fonctionnelles, savoir un conflit inhabituellement intense entre les processusd'excitation et d'inhibition et l'influence de stimuli puissants et extraordinaires. Chez l'hommeprcisment, de semblables conditions constituent les causes habituelles des troubles nerveux etpsychiques.

    I. P. Pavlov

    On a observ chez de nombreux animaux le fait que les troubles maximum de l'activit du systmenerveux central n'apparaissent pas immdiatement aprs l'administration du stimulus provocateur maisaprs un ou plusieurs jours.

    I. P. Pavlov

    Les psychiatres comprendront facilement les implications nocives et structurellement fausses parrapport aux faits du terme "inhibition" au niveau neurologiquequand ils considrent que souvent la"douleur", la "peur", et diffrents "interdits" et "inhibitions" au niveau psycho-logique rsultent deprocessus nerveux qui ne sont pas desfacteurs inertes, limins, mais qui demeurent ce qu'ils taient l'origine - des facteurs d'excitation smantique "rprims" aux niveaux humains - et qui deviennentdes facteurs trs actifs et puissamment provocateurs dans de nombreuses maladies "mentales" etphysiques.

    Si on applique srieusement le point de vue et le langage non-lmentalistes, il semble qu'on ne puissepas chapper la conclusion que le futur physicien s'appuyant sur des bases parfaitementscientifiques, structurelles, physico-chimiques et collodales, ne tentera jamais de sparer le"physique" du "mental" et il deviendra vident que diffrents processus nerveux actuellement appels"inhibitions" jouent un rle de premier plan, que l'on doit s'en occuper et ne jamais les ngliger.

    Le mcanisme des ractions conditionnes chez les animaux ressemble tonnement au mcanisme desmaladies "mentales" chez les humains, du fait de leur relative inconditionnalit. Tout le travail dePavlov en est une illustration pratique, bien qu'il n'ait pas mis en lumire cette relation spcifique. Lacomprhension de ce fait nous permettra de dcouvrir que certaines des exprimentations du DocteurZavadski, ralises dans le laboratoire de Pavlov il y a vingt cinq ans, rvlent un mcanismeneurologique sur lequel repose pratiquement toute la psychothrapie, et qui, par consquent, apparattrs important et semble mriter une attention particulire.

    Je ne connais pas le pourcentage de russite de la psychothrapie, indpendamment des colesscientifiques ou des cultes extra-mdicaux qui la pratiquent, parce qu'on enregistre trs souvent denombreux checs. Nous oublions gnralement, ou nous ne ralisons pas, que les cas de russitesnous enseignent, structurellement, moins que les checs, parce qu'il y a toujours une infinit de faonsde pouvoir justifier d'un rsultat positif, ce qui, au niveau structurel, est entirement invalid en tantque tel par un seul chec, si l'ventualit de ce dernier n'est pas prvue par la flexibilit structurelle dela mthode gnrale.

    D'aprs le matriel que j'ai rassembl (bien que j'aie pu me tromper) parmi chaque centaine de patientsqui cherchent un rconfort dans la psychothrapie, cinquante ont compltement chou. Les cinquanteautres patients peuvent peut-tre tre diviss en deux groupes: le premier, disons, dix personnes, a t

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    entirement guri; les autres quarante restants ont constat une amlioration plus ou moins importante.L'analyse ralise dans le prsent ouvrage permet peut-tre d'expliquer pourquoi le pourcentaged'checs est si lev. Il semble qu'aucune cole de psychothrapeutes n'ait jamais analys les maladies"mentales" d'un point de vue gnral non-lmentaliste, structurel et smantique; et, bien que lesphysiciens se soient efforcs dans tous les cas d'abolir la relative inconditionnalit des ractions, leursmthodes ne sont ni assez neurologiques, ni assez physiologiques, ni assez fondamentales.

    Le langage utilis dans ces thories scientifiques comprend des termes tels que "conscient","inconscient", "rpression", "inhibition", "transfert", "complexe", etc. Il semble ne faire aucun douteque certains de ces termes recouvrent peu de faits que nous connaissons par l'exprience oul'observation et qu'ils puissent tre structurellement corrects au niveau psycho-logique. Le mcanismenerveux en jeu, bien que dcouvert il y a vingt-cinq ans, n'a gnralement pas attir l'attention desphysiciens, et les thories postules, manquant de bases neurologiques, sont souvent traites de"spculations tires par les cheveux", un fait qui nuit en fin de compte tout le mouvementpsychothrapique et d'hygine smantique.

    Les "psychologues" et les psychiatres sont trs partags quant au rle que joue l'"introspection". Ceciest d la confusion des niveaux d'abstraction. Les animaux peuvent "sentir", ils peuvent "souffrir",mais ils ne peuvent pas dcrire. Les humains diffrent cet gard; une personne donne peutressentir la douleur, celle-ci est tout fait objectivepour l'individu qui la ressent, et elle ne se situe pasau niveau des mots(niveau objectif); mais nous pouvons la dcrire, cette description tant valable auniveau descriptif, un ordre d'abstraction suprieur au niveau objectif (qui est inexprimable pourl'individu donn). Si nous attribuonsce processus d'autres, il ne s'agit plus d'une description maisd'une infrence ou d'une abstraction d'un ordre encore plus lev, dont les affirmations doivent trevrifies en tablissant une moyenne. Les psycho-logiques sont scientifiquement (1933) impossiblessans la descriptiondes processus internes, et, par consquent, sans une certaine "introspection"; c'estpourquoi le comportementalisme amricain devient une discipline trs nave. Les comportementalistesont de bonnes intentions sur le plan de la mthodologie, sans avoir pleinement conscience de ce qu'estla mthodologie scientifique. Ils condamnent catgoriquement l'"introspection", alors qu'ils l'utilisentsans arrt. La conscience d'abstraire rsout les nigmes des attitudes pro ou anti comportementalistes

    parce que, quand nous sommes pleinement conscients d'abstraire, nous ne devrions jamais confondrela description avec l'infrence, qui mettent en jeu des processus neurologiques de niveaux diffrents.

    N'importe quelle discipline, pour tre une "science", doit commencer avec les abstractions les plusbasses possibles; c'est dire les descriptions du niveau objectif qui est inexprimable. Dans lespsycho-logiques humaines, l'"introspection" est le seul niveau de description possible, toutes lesautres mthodes tant du niveau de l'infrence.

    Les exprimentations du Docteur Zavadski furent menes pour rechercher le mcanisme des soi-disant "rflexes retards". En gnral, dans les exprimentations o l'intervalle entre le stimulusconditionnant et le renforcement par de la nourriture ou de l'acide est d'une dure de, disons, une cinq secondes, la scrtion salivaire se produit presque immdiatement aprs l'application du stimulusconditionnant. Si le dlai entre les deux est plus long, disons, de quelques minutes, l'apparition des

    scrtions salivaires est aussi retarde, la longueur de ce dlai tant proportionnelle la longueur del'intervalle entre les deux stimuli.

    Dans ces exprimentations, il y avait deux phases: celle dans laquelle le stimulus conditionnant n'aapparemment aucun effet; l'autre dans laquelle le stimulus conditionnant devient efficace. Onpoursuivit l'investigation pour dcouvrir ce qu'il advient de l'excitation due au stimulus conditionnantdurant son apparente inactivit.

    De nouvelles exprimentations ont finalement rvl un mcanisme tonnant. Une stimulation tactile at utilise pendant trois minutes comme un stimulus conditionnant la place de l'acide et renforce,comme d'habitude, par l'application d'acide et l'on a alors obtenu une raction conditionne stable,diffre. Mais quand on a superpos au stimulus conditionnant d'origine un stimulus parfaitementneutre, disons, le son d'un mtronome ou un objet qui tourne sans bruit, sans jamais le relier une

    quelconque stimulation alimentaire, on a obtenu immdiatement une importante scrtion de saliveainsi que les ractions motrices particulires un stimulus donn.

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    Nous voyons que, dans le systme nerveux, le processus d'excitabilit a de tous temps exist sous une

    forme cache, non manifeste et qu'il a t libr par un stimulus neutre supplmentaire.

    Des exprimentations similaires montrent clairement que la structure et la fonction du systmenerveux central sont telles que certaines stimulations peuvent tre caches et deviennent apparemmentinactives au niveau macroscopique, ne donnant pas de manifestation ni de rponse vidente, tout en

    prservant cependant leurs caractristiques actives excitantes qui, grce un traitement appropri,peuvent tre libres volont. En physique, nous avons un phnomne similaire dans le cas delumire "gele", des piles galvaniques et des batteries d'accumulateurs, des gouttes de verre en formede poire rsultant de la fusion, qui explosent quand l'extrmit se casse et dans beaucoup d'autres,bien que les mcanismes sub-microscopiques soient probablement diffrents.

    Il ne faut pas de grandes explications pour voir que le mcanisme nerveux dcouvert dans lesexprimentations des comptes-rendus du Docteur Zavadski sur les niveaux humains recouvre ungrand nombre de manifestations "mentales", y compris les "rminiscences", l'"inconscient",l'inhibition", les "complexes", et qu'il permet une gnralisation plus avance, savoir qu'un lgertrouble nerveux de "rminiscence", dans le sens d'inconditionnalit ngative, peut tre troitement li un "complexe" smantique pathologique.

    Une autre exprimentation est en rapport troit avec les problmes d'"inconscient", d'"inhibition" et de"complexes" humains. Les ractions conditionnes positives taient gnralement obtenues encombinant sous certaines conditions un stimulus antrieurement neutre avec de la nourriture ou avecune lgre raction de dfense l'acide. Si le stimulus neutre n'est pas renforc, il perd de sasignification pour l'organisme, aucune scrtion n'est obtenue, et il devient de ce point de vue unstimulus ngatif. Si, avec un animal donn, on tablit une raction ngative, elle peut, sous certainesconditions, tre transforme en une raction positive par renforcement. Dans l'exprimentation quenous dcrivons, on a utilis un chien, avec une raction alimentaire ngative bien tablie au tic tac dumtronome au rythme de soixante tic tac par minute, alors que le rythme de cent vingt tic tac parminutes tait utilis comme un stimulus positif. Les deux ractions taient constantes et prcises. Leprocessus de transformation de ngatif en positif s'est opr lentement; aprs la dix-septimeapplication avec renforcement, on a obtenu une petite raction salivaire; aprs le vingt-cinquime

    renforcement, les scrtions de salive taient dj considrables. On n' a observ aucun trouble dfinidans d'autres ractions positives, l'exception d'une tendance l'galisation des stimuli conditionnantsforts et faibles.

    Mais la raction de scrtion au stimulus transform de soixante tic tac n'est pas reste constante, endpit du renforcement; elle a diminu, et aprs la trentime application, elle est tombe zro. On anot, plus loin, qu'immdiatement aprs l'application du mtronome au rythme de soixante tic tac parminute, pratiquement toutes les ractions positives les plus anciennes ont disparu. Aprs desexprimentations plus pousses, certains des effets positifs du mtronome soixante se sontreproduits, mais ses effets ngatifs ou dprimants sur les ractions positives ont persist. Dans tousles cas o le mtronome soixante n'tait pas utilis, toutes les ractions conditionnes positives ontconserv leur force, si ce n'est que les stimuli plus faibles avaient tendance produire des effets

    moindres vers la fin de l'exprimentation. Bien que le mtronome soixante ou cent vingt eutproduit des scrtions salivaires en quantits variables quand elles taient utilises seules, chaque foisque le mtronome tait utilis, il s'en suivait une perturbation de toutes les ractions conditionnes, quivariaient de la complte disparition une diminution des scrtions. Le stimulus antrieurementpositif de cent vingt tic tac du mtronome produisit des troubles plus importants que le rythme ngatifprcdent de soixante tic tac. Une exprimentation plus pousse dmontra que le cortex taitprofondment perturb et qu'il ne pouvait supporter aucune sorte de stimulus plus puissant sansproduire des rsultats entirement ngatifs. Il devint galement vident que la perturbation maximumdans l'activit du systme nerveux centrale de l'animal (et de l'homme) n'apparat pas immdiatementaprs l'application du facteur nociceptif mais au bout d'un certain temps.

    Puisque d'autres stimuli auditifs agissaient pendant ces exprimentations, Pavlov en conclut que "la

    perturbation doit tre considre comme un rsultat d'une interfrence fonctionnelle strictementlocalise dans l'analyseur auditif, une lsion fonctionnelle chronique d'une certaine partie circonscrite,

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    dont la stimulation produit un effet immdiat sur la fonction du cortex tout entier, et conduitfinalement un tat pathologique prolong" et qu'"il est vident que le trouble localis de l'analyseurauditif est encore le rsultat d'un conflit entre l'excitation et l'inhibition", auquel ce systme nerveuxparticulier a des difficults s'adapter.

    Ces exprimentations ont t effectues sur un chien qui avait longtemps servi dans le laboratoire et

    qui appartenait au type qui a un systme nerveux d'une excitabilit trs ngative. Les exprimentationsmenes sur des chiens qui ont un systme nerveux d'une excitabilit trs positive, bien que diffrentesdans les dtails, ont conduit des rsultats gnralement similaires; savoir qu'un conflit entre lesdeux processus nerveux antagonistes a habituellement engendr une perturbation plus ou moinsprolonge de la fonction du cortex, sous la forme d'une prdominance durable de l'un des processus.

    L'exprimentation sur les ractions conditionnes chez les animaux tels que le chien, en induisant destats pathologiques du systme nerveux, nous donne, sous une forme simplifie, un moyen decomprendre le mcanisme qui sous-tend certaines des maladies "mentales" humaines, condition quenous ralisions le fait fondamental que ces exprimentations sur les chiens correspondent, sous leurforme la plus simple, aux maladies "mentales" et non l'quilibre chez l'homme. Les exprimentationsci-dessus seraient impossibles avec une personne en bonne sant; cependant elles dpeignentexactement ce qui se passe dans le cas de maladies "mentales". Les exprimentations ont commencavec un animal en bonne sant et elles ont fini avec un cas pathologique. Si de semblablesexprimentations taient entreprises sur une personne en bonne sant, il ne s'en suivrait aucun rsultatpathologique en raison de la conditionnalit plus importante des ractions.; mais chez les humains onobtient des rsultats pathologiques similaires par diffrents moyens, la confusion des niveauxd'abstraction tant un mcanisme smantique courant qui provoque le "conflit" entre les excitationspositives et ngatives que le systme nerveux de l'homme ne peut rsoudre si facilement.

    Traduction franaise: Isabelle AUBERT-BAUDRON (21 aot 2007)

    Translated with the permission of the Alfred Korzybski Literary Estate