Greetings from Luxembourg - onsstad.vdl.lu … · prô-nantdans les années 20 du siècle dernier...

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prô-nant dans les années 20 du siècle dernier les progrès des Chemins de fer de l'Est. C'était du temps se rendre à. Paris était encore une aventure, pour aller à. la Moselle ou à. Echternach on prenait le train, respec-tivement le «Jangeli» qui peinait dans les montées de Remich et de Hesperange ou le «Chareli» qui passait par le pont Adol-phe et L'avenue de la Liberté en noircissant par la fumée dégagée par la locomotive les façades des maisons, voyager à. l'étran-ger était réservé à. une certaine élite, les Luxembourgeois passaient leurs vacances dans leur propre pays qu'ils commençaient à. découvrir grâce à. une plus grande mobi-lité, on ne partait pas trois fois par an à. l'autre bout du monde, on ne parlait ni de vacances de neige, ni de «Péngschtcroi- sière» et le tourisme de masse, traînant dans son sillage les grandes migrations esti-vales avec leurs bousculades, leurs embou-teillages, leurs files d'attente, n'existait pas encore. Cette affiche fait partie de l'exposition «Greetings from Luxemburg- un voyage à. travers le monde du tourisme» organi-sée par le Musée d'Histoire de la Ville de Luxembourg à. l'occasion du soixante-quin-zième anniversaire de l'Office du Tourisme. L'exposition, dont les commissaires sont Guy Thewes et André Linden et qui dure jusqu'au 12 octobre, aborde les innombra-bles thèmes qu'on peut broder autour du tourisme en général et nous emmène dans ses coulisses. Vaste programme, impossible à. embrasser dans sa totalité! Respectant la nouvelle muséologie et pratique muséale selon lesquelles tout musée est un lieu d'in-terrogation et le public pas seulement un récepteur mais aussi un acteur, un visiteur actif, un co-constructeur de son parcours de visite qui se voit aidé dans sa démarche par les nouveaux outils technologiques, l'exposition laisse l'initiative de la décou-verte aux visiteurs, n'approfondit pas les thèmes proposés, laisse planer le vague et ouvre le chemin à. tout questionnement sans fournir de réponses précises. A tout un chacun de se former son opinion bien à. lui 18 Greetings from Allégorie de la "ville ouverte" (1878) MHVL et d'y réfléchir selon ses propres acquis et ses expériences personnelles, ce qui peut éventuellement en laisser plus d'un sur sa faim, qui aimerait davantage de détails, de précisions, de profondeur, de cohérence. Dans une quinzaine de salles aux thèmes différents, mille et une idées sont lancées en l'air et effleurées, ce qui nous vaut une multitude de touches à. l'instar d'un pat-chwork. Aussi dès l'entrée plusieurs grou-pes de pions disposés chaque fois autour d'un thème majeur nous rappellent que faire du tourisme ne se réduit nullement à. voyager, mais que derrière ce mot se ca-che toute une multitude d'aspects portant sur des structures sociales, économiques, commerciales, politiques et culturelles, allant de l'offre d'emploi jusqu'à la vente du simple petit souvenir en passant par la promotion publicitaire, les statistiques, les retombées négatives, l'histoire, l'évolution, la démocratisation et internationalisation du tourisme, les opérateurs touristiques, les loisirs, la mobilité, les voyages organisés les touristes bien encadrés suivent comme des moutons de Panurge un guide qui «ne montre que ce qu'il veut bien montrer», le contact avec les autochtones, les rêves d'évasion, les raisons de voyager, l'hôtelle-rie, la restauration, etc. Justement parlons-en de la restaura-tion. Quand on demande à. un Luxem-bourgeois quelles sont ses impressions de voyage, on obtient presque toujours la même réponse: «Den Hotel war excellent a mir kruten gutt a vill z'iessen». Ce sont des facteurs importants pour tout voya-geur et l'exposition illustre de façon origi-nale cet aspect en présentant les spécialités culinaires du Luxembourg sur une grande assiette sur laquelle sont projetés tour à. tour des tartines alléchantes recouvertes de cancoillotte, des écrevisses, des tranches de cochon de lait en gelée ou encore le fameux «Judd mat Gardebounen». Apparaissent à. chaque fois des mains et des couverts se précipitant sur les différents mets et vidant l'assiette en un rien de temps. Mais avant de partir en voyage il y a le casse-tête des bagages. Que de cho-ses utiles ou inutiles fourrées dans les va-lises sur lesquelles il faut parfois s'asseoir

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  • prô-nantdans les années 20 du siècle dernier lesprogrès des Chemins de fer de l'Est. C'étaitdu temps où se rendre à. Paris était encoreune aventure, où pour aller à. la Moselle ouà. Echternach on prenait le train,respec-tivementle «Jangeli» qui peinait dans lesmontées de Remich et de Hesperange oule «Chareli» qui passait par le pontAdol-pheet L'avenue de la Liberté en noircissantpar la fumée dégagée par la locomotive lesfaçades des maisons, où voyager à.l'étran-gerétait réservé à. une certaine élite, où lesLuxembourgeois passaient leurs vacancesdans leur propre pays qu'ils commençaientà. découvrir grâce à. une plus grandemobi-lité,où on ne partait pas trois fois par an à.l'autre bout du monde, où on ne parlait nide vacances de neige, ni de «Péngschtcroi-sière» et où le tourisme de masse, traînantdans son sillage les grandes migrationsesti-valesavec leurs bousculades, leursembou-teillages,leurs files d'attente, n'existait pasencore.

    Cette affiche fait partie de l'exposition«Greetings from Luxemburg- un voyageà. travers le monde du tourisme»organi-séepar le Musée d'Histoire de la Ville deLuxembourg à. l'occasion dusoixante-quin-zièmeanniversaire de l'Office du Tourisme.L'exposition, dont les commissaires sontGuy Thewes et André Linden et qui durejusqu'au 12 octobre, aborde lesinnombra-blesthèmes qu'on peut broder autour dutourisme en général et nous emmène dansses coulisses. Vaste programme, impossibleà. embrasser dans sa totalité! Respectant lanouvelle muséologie et pratique muséaleselon lesquelles tout musée est un lieud'in-terrogationet le public pas seulement unrécepteur mais aussi un acteur, un visiteuractif, un co-constructeur de son parcoursde visite qui se voit aidé dans sa démarchepar les nouveaux outils technologiques,l'exposition laisse l'initiative de ladécou-verteaux visiteurs, n'approfondit pas lesthèmes proposés, laisse planer le vagueet ouvre le chemin à. tout questionnementsans fournir de réponses précises. A tout unchacun de se former son opinion bien à. lui18

    Greetings from

    Allégorie de la "ville ouverte" (1878)MHVL

    et d'y réfléchir selon ses propres acquis etses expériences personnelles, ce qui peutéventuellement en laisser plus d'un sur safaim, qui aimerait davantage de détails, deprécisions, de profondeur, de cohérence.Dans une quinzaine de salles aux thèmesdifférents, mille et une idées sont lancéesen l'air et effleurées, ce qui nous vaut unemultitude de touches à. l'instar d'unpat-chwork.Aussi dès l'entrée plusieursgrou-pesde pions disposés chaque fois autourd'un thème majeur nous rappellent quefaire du tourisme ne se réduit nullement à.voyager, mais que derrière ce mot seca-chetoute une multitude d'aspects portantsur des structures sociales, économiques,commerciales, politiques et culturelles,allant de l'offre d'emploi jusqu'à la ventedu simple petit souvenir en passant par lapromotion publicitaire, les statistiques, lesretombées négatives, l'histoire, l'évolution,la démocratisation et internationalisationdu tourisme, les opérateurs touristiques, lesloisirs, la mobilité, les voyages organisés oùles touristes bien encadrés suivent commedes moutons de Panurge un guide qui «nemontre que ce qu'il veut bien montrer»,le contact avec les autochtones, les rêvesd'évasion, les raisons de voyager,l'hôtelle-rie,la restauration, etc.

    Justement parlons-en de larestaura-tion.Quand on demande à. unLuxem-bourgeoisquelles sont ses impressions devoyage, on obtient presque toujours lamême réponse: «Den Hotel war excellenta mir kruten gutt a vill z'iessen». Ce sont

    des facteurs importants pour toutvoya-geuret l'exposition illustre de façonorigi-nalecet aspect en présentant les spécialitésculinaires du Luxembourg sur une grandeassiette sur laquelle sont projetés tour à.tour des tartines alléchantes recouvertes decancoillotte, des écrevisses, des tranches decochon de lait en gelée ou encore le fameux«Judd mat Gardebounen». Apparaissent à.chaque fois des mains et des couverts seprécipitant sur les différents mets et vidantl'assiette en un rien de temps.

    Mais avant de partir en voyage il y ale casse-tête des bagages. Que decho-sesutiles ou inutiles fourrées dans lesva-lisessur lesquelles il faut parfois s'asseoir

  • LuxembourgChristof Weber C) MHVL

    pour réussir à. les fermer! Aussi a-t-on unsourire amusé aux lèvres en parcourant lasalle «Faire les valises» avec sonincroya-blebric-à-brac d'objets hétéroclites, tantôtinsolites, tantôt vieillots, qui constituent lapanoplie du parfait voyageur tout en nousrappelant nos propres manies, nos propresangoisses au moment de quitter son chez-soi et sur lesquelles on pourrait philosopherlongtemps. Ces objets qu'on emporte nerévèlent-ils pas une partie de notrecarac-tèreet ne traduisent-ils pas notre désarroi,nos craintes et notre appréhension aumo-mentde partir vers l'étranger où l'inconnuqui nous attend va nous priver de notreconfort quotidien et de nos chèreshabitu-des?Et comment faire en terre étrangèrepour nous protéger des intempéries et desmaladies, pour nous munir contre lesim-prévus?Ne sommes-nous pas tous pareilsaux enfants qui emportent leur jouetfavo-ri,leur ours en peluche, pour se donner del'assurance et de la contenance?

    Originale aussi l'installation intitulée«Le centre du centre», de Marco Godinho,un artiste portugais vivant au Luxembourg,qui remet en question le slogan«Luxem-bourgcoeur de l'Europe» diffusé par lapromotion touristique luxembourgeoise.Or d'un autre côté cette situationgéogra-phiquecentrale, que tant d'étrangers nousenvient, nous permet de rayonner toutautour. La preuve en sont les nombreuxvoyages culturels de plus en plus à la modequi permettent aux Luxembourgeois devisiter, parfois le temps d'une journée, lesgrandes expositions qui se tiennent cheznos voisins, que ce soit à Paris, Bruxelles,Francfort, Bonn ou ailleurs.

    Contrairement à son titre le «Cimetièredes souvenirs» ne parle pas de l'industriedes souvenirs de vacances, de ces objetsque tout bon touriste est supposérappor-terchez soi et qu'on finit souvent par jeterau bout de quelques années, mais nousrappelle que les sites touristiques sont aussisoumis à. la loi de l'éphémère, que leurlon-gévitéest limitée et qu'après avoir connuun maximum d'affluence et d'intérêt, ilsre-tombentdans l'oubli. Qui songerait encore

    x à. aller visiter la tombe du «Hauptmann vonKoepenick», alias le cordonnier Wilhelm

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  • Voigt, décédé en 1922 au Luxembourg oùil est enterré au cimetière Notre-Dame?Malheureusement les responsables del'ex-positionont cru bien faire pour évoquer latombe du «capitaine», de déposer lesdo-cumentsréunis sur lui par terre sous unevitrine, ce qui oblige le visiteur à se mettre

    genoux à même le sol pour les étudier deplus près. Et qui se souvient encore des PèresBlancs de la Société des Missions Africainesdu Marienthal? Leur petit musée colonialsuscitait la curiosité des adultes comme desenfants dans l'après-guerre. C'était un lieurecherché pour les excursions du dimanche.C'est là que tout jeune enfant j'ai pu voirmon premier lion, empaillé bien sûr, exposéparmi d'autres animaux sauvages, desar-mesde chasse et des masques provenantdu continent africain.

    Si le musée exotique du Marienthalétait à l'époque un lieu de visiteincontour-nable,il en allait de même des différentschâteaux du pays, ceux de Bourscheid etde Vianden avant tout. Ruines non encorerestaurées, ils étaient le but de touteex-cursionscolaire qui ne menait pas encore

    Disneyland Paris ou au Phantasialand deBrühl. Chaque élève profitait de la visitepour envoyer des cartes postales à toute lafamille et le soir en rentrant on avaitl'im-pressiond'avoir découvert le grand monde.C'est également avec fierté que mespa-rentsmontraient à nos amis étrangers, etmême aux soldats américains et à leurfa-millehabitant le même immeuble que nous,ces vestiges d'un passé lointain. Il est doncévident que l'exposition accorde aussi uneplace de choix aux châteaux de notre pays.C'est avec intérêt qu'on y découvre oure-découvrenotamment les dessins de Fresez(1800-1867), car il ne faut pas perdre devue le fait que ce sont justement lespein-trespaysagistes du dix-neuvième siècle quiont joué «un rôle important dans ladécou-verteet la sélection des principalescuriosi-téstouristiques» de notre pays et que c'est

    Fresez que revient le mérite d'avoir établien quelque sorte un premier inventaire desplus beaux sites du Luxembourg dont il aréuni la majeure partie dans son «Albumpittoresque du Grand-Duché deLuxem-bourg»paru en 1857. Depuis ces mêmes20

    motifs ont été reproduits d'innombrablesfois par d'autres peintres en attendant dese retrouver sur des cartes postales grâce

    l'usage de l'appareil photographique quidevenu entre-temps numérique fait aussipartie de la panoplie de chaque touriste quise respecte.

    L'affiche joue également un rôleim-portantdans la promotion touristique.«Support idéal» pour séduire le visiteur et«véritable icône dans l'imagerie collective»,l'affiche apparaît au début du 20ème siècledans le but «d'informer sur les activités deloisirs et les beautés naturelles du pays».Parmi les créateurs d'affiches, on retrouveles noms de nos meilleurs peintres comme

    Greetings from Luxembourg

    Schaack, Rabinger, Gillen, Heyart, Gersonet bien d'autres, qui eux aussi reprennenttous plus ou moins les mêmes motifsdesti-nésà attirer un maximum de visiteurs, cartout comme sur les dépliants touristiques,la promotion publicitaire ne va pas sansrivalité entre les diverses régions ouloca-lités.

    Certes notre pays, bien que souventprivé de soleil et dépourvu de plages, degrands lacs et de hautes montagnes etdonc pas forcément un paradis devacan-ces,compte malgré tout de nombreuxsi-testouristiques. Mais à défaut on peut encréer. D'ailleurs certains lieux devenus desattractions touristiques par excellence sontdes «créations ex novo», comme le raconteune autre salle de l'exposition qui, avec sesplans d'aménagement et ses relevés detra-vauxeffectués dans les casemates sous ladirection de 1.-P. Koltz, évoque la remise envaleur du côté nord du Bock qui constitueun «bel exemple de ce processus defa-bricationde curiosités». En effet, suite audémantèlement de la forteresse, EdouardAndré, architecte paysagiste français, atransformé une ancienne tour d'ouvragesen une ruine médiévale devenue la «Dentcreuse». Il en va de même pour leMonu-mentdu Millénaire qui en 1963 a étéins-talléà. l'emplacement hypothétique del'an-cienchâteau comtal.

    Et c'est justement sur le rocher du Bockque s'arrêtent tous les cars touristiquesdé-versanten période estivale leur flotquoti-diende touristes, parmi lesquels onremar-quede plus en plus de visiteurs asiatiquesen train de détrôner chez nous le nombrede touristes néerlandais. L'expositionréser-vetoute une salle à ce phénomène qui n'estpourtant nullement spécifique auLuxem-bourg.Les murs recouverts de caractèresjaponais ou chinois devraient inciter levi-siteurà se poser des questions sur lesen-timentd'aliénation qu'éprouve le voyageuren terre inconnue, désorienté et perdu qu'ilest dans un pays dont il ne comprend ni lalangue ni l'écriture. Mais pourquoisouli-gnerla manie des visiteurs asiatiques à. seprendre mutuellement en photos? N'enfai-sons-nouspas autant quand nous visitonsd'autres pays? N'avons-nous pas nous aussi

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    nos manies quand nous sommes àl'étran-ger?Notre comportement vacancier neressemble-t-il pas aussi à. celui d'un certainMonsieur Hulot en vacances? Et pourquoiajouter ces extraits de journaux relatant lesdéboires d'un couple chinois arrêté auxGa-leriesLafayette à Paris et soupçonné d'avoirvoulu payer avec un faux billet ou racontercomment des Chinois ont été abordés auLuxembourg par de faux policiers? Celapeut arriver à chacun de nous aussi bienici dans notre pays qu'a l'étranger. D'unautre côté il est bien vrai que de plus enplus d'opérateurs touristiques font figurersur leur programme le Luxembourg commeétape, avec un arrêt ne dépassant souventguère trois à. quatre heures, si bien qu'ilfaut se demander si le Grand-Duché n'estpas en train de devenir un simple pays detransit.

    Si l'exposition peut irriter par sasuper-ficialité,elle invite grâce à. des installationssonores, des extraits de films, de nombreuxdocuments et objets historiques à. unepro-menadeà travers le monde du tourisme,promenade qui peut séduire l'amateurd'affiches, de vieilles cartes postales etphotos, d'anciens guides touristiques pasforcément illustrés à. l'époque, de cartes etde plans de ville, de dépliants touristiques,de carnets de voyage remplacés depuis peupar des blogs, tout en faisant remonter dessouvenirs et en suscitant de nombreusesréflexions et mises en question. On peutavant tout se demander si, à. l'heure où lesfrontières tendent de plus en plus às'effa-cerdans le contexte européen, lestouris-tesde passage se rendent encore vraimentcompte de l'exiguïté de notre pays quibi-zarrementporte le même nom que saca-pitale.

    Georgette Bisdorff

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